vendredi, 14 mars 2008

TypogrAphie

A(utour) - En levant les yeux jusqu'aux voûtes, j'ai remarqué l’autre soir que les ouvertures de l'église St Rémi avaient été bouchées par des panneaux vitrés juste posés. Pas encastrés, pas fenestrés. Le lieu de l'exposition annuelle des Artistes Indépendants d'Aquitaine intitulée « Majuscule minuscule » a pris tout d’un coup un air franchement jovial.
B(ing!) - comme dirait ma grande amie, « cette année, ça fait moins vente de charité ». En voilà une qui s'y connaît en charité!
C(le clou)- Le (in)contournable discours inaugural reste, alors que la troupe bienveillante (et courtoise) s'agglutine autour des organisateurs, l'occasion privilégiée de déambuler sans entraves d'une toile, sculpture ou installation à l'autre. Mais, au moment où la voix déformée par l'écho semble marquer une pause, c’est comme un signal subliminal qui nous engage à nous rapprocher car, ô temps suspend ton vol! se dévoile l'oeuvre spectaculaire d'un monsieur à catogan... tiens ! on a invité Karl Lagerfeld.
D(rôle) - Un rideau noir, dramatique sur ce fond de pierres blondes, retenu par une dernière attache résiste un peu mais, d’un geste auguste, le faux Karl découvre une méga empreinte blanche de pouce sur fond noir qui, sous les feux d’une rampe théâtrale, explose de 1000 couleurs ! Oh oh mazette !… « On se croirait dans une boîte de nuit » me glisse mon amie.
E(uh?) - Une fois remise de mes émotions, alors que chacun sirote son Crémant, me suis dirigée vers le panneau pour voir de près qu’il s’agissait de feuillets argentés découpés dans des supports CD de la marque Verbatim et disposés de sorte à figurer les méandres digitaux. Recyclage du texto, jeu de mots autour du digital ? vue en 1D du Pouce de César ? Mystère. L’artiste avait bien fait un commentaire, mais l’écho l’avait gobé.
F(aut voir) - Pour le reste des œuvres présentées, oui c’était bien meilleur que les années précédentes.
G(roupe) - Je ne parlerai pas des 3 ou 4 artistes les plus marquantes, d’abord parce que je l’ai déjà fait et ensuite parce qu’elles vont désormais leur chemin dans un sillon profondément tracé par leur travail. Toutefois, il y avait cette absolution de Sisyphe. Sisyphe en fer forgé poussant son gros caillou sur une poutre en équilibre sur un axe : il nous aurait suffi, c’était tentant, d’appuyer sur la partie haute de la poutre pour qu’elle bascule et que la pierre roule. On pouvait aussi simplement imaginer qu’arrivé à mi-parcours, ce petit personnage serait enfin libéré de sa charge à la faveur des lois de la physique. Encore un mythe qui s’effondre ! A côté de cela évidemment, beaucoup de clones des artistes dominants, avec reprises opportunes de techniques, genres, modes… Prenons cela pour une tentative de cohésion de groupe.

Espace St Rémi - du 9 au 30 mars 2008. Entrée gratuite. 

mardi, 26 février 2008

Racolage

Une petite escapade parisienne. Pas que pour le fun, ce n'est pas la saison.

1185928145.jpgEt une exposition, celle de Vlaminck au Musée du Luxembourg.

D'abord, on paie 11 €. C'est la première (mauvaise) surprise de la visite. La déambulation s'opère chronologiquement, sur une période allant de 1900 à 1915. On commence donc avec une peinture épaisse, dense, outrancière, appliquée comme à la truelle pour figurer l'alcool ou la petite vertu. Le rouge à lèvres et le rimmel débordent, le vin sent la piquette. Et puis des paysages des bords de Seine, des pêcheurs patients, des ciels de printemps torturés. Une vie simple, ordinaire, prolétaire.

Puis, avec le temps, après cette espèce de fougue désordre, après cet élan charnel qui montre la crasse et sent la sueur, voilà que le peintre s'essaye à des techniques frisant le cubisme, en se retenant d'y plonger. Ne pas quitter le réalisme du figuratif. Ainsi, en équilibre sur le fil, Vlaminck tâte de la ligne droite, des perpendiculaires, de la taille en facettes. Mais n'apparaissent que les clivages. Bien sûr il gagne en technique, en transparence, en clarté. Mais alors disparaissent la chair, la vie, l'humain.

A la fin de l'exposition ne restait pas grand-chose, si ce n'est l'impression amère que si Vlaminck avait conquis dans sa jeunesse par une libre expression, une libre pensée, il s'était abymé aux charmes du succès. Sa peinture devenue pas tout à fait ceci, ni tout à fait cela, mais qui certainement s'était vendue, avait fini par perdre de sa substance pour satisfaire au goût.

lundi, 07 janvier 2008

Floute !

Le bâtiment du Conseil Régional d'Aquitaine, à Bordeaux, accueille des oeuvres du FRAC Aquitaine.

Le CR c'est le subventionneur c'est pour ça79771719d19c24a65c3ba50f2015f780.jpg : Pièces maîtresses

Et puis bientôt ce sont les élections... Pièces maîtresses 

La plupart des oeuvres présentées valent aujourd'hui une fortune, voilà une manière comme une autre de montrer qu'on ne jette pas l'argent du contribuable par les fenêtres.

Le mannequin vert qui pisse c'est "L'homme de Bessines XXe siècle", de Fabrice Hyber, 1988-1995 

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Et puis, même quand ne connaît rien à l'art, c'est tellement sympa de le faire croire ! 

Bref, 25 ans d'acquisitions ça se fête. 

Joseph Kosuth One and threes hats, 1965

J'ai préféré plus que tout les fleurs carnivores de Séchas... une belle rangée de fleurs et paf un pied sur l'interrupteur, elles se mettent à claquer des dents, ça fait un bruit de ferraille, peur presque. Méfions-nous de la douceur.

Il faut voir aussi les aspirateurs de Koons, sous verre...

Cindy Sherman Film Still n°44, 1979

87a042a01f309149881c6c2e105e69b3.jpgEt puis, il y a: 
Christian Boltanski La visite du docteur, 1975, Pascal Convert Sans titre, 1987, Claude Lévèque Sans titre, 1993, Alain Séchas Les Fleurs carnivores, 1991-1993, Jeff Koons   New Hoover convertibles green, green, red,  new Hoover Deluxe, shampoo-polishers, new Shelton wet/drygallon displaced triple-decker, 1981-1987, Patrick Tosani Le Palais,1983, Manuel Alvarez Bravo La bonne réputation  endormie – Mexico, 1938, Harry Callahan Eleanor, 1947, On Kawara Feb.6, 1982, 1982, Walker Evans Compagny Store, 1936 

samedi, 17 novembre 2007

Surfin' USA

Hier soir, vernissage au CAPC pour If Everybody had an Ocean: Brian Wilson, une exposition
Trevor Bell, Billy Al Bengston, Peter Blake, Mel Bochner, John Cage, Brian Calvin, Vija Celmins, Russell Crotty, Thomas Demand, Kaye Donachie, Isa Genzken, Liam Gillick, Jeremy Glogan, Joe Goode, Rodney Graham, George Greenough, Richard Hawkins, Roger Hiorns, Jim Isermann, Sister Corita Kent, Roy Lichtenstein, John McCracken, Lee Mullican, Kaz Oshiro, Bruno Peinado, Raymond Pettibon, Richard Pettibone, Ken Price, Martial Raysse, Bridget Riley, Allen Ruppersberg, Ed Ruscha, Jim Shaw, Fred Tomaselli, Jennifer West, Pae White, Daria Wilson, Isaac Witkin.
du 17 novembre 2007 – 9 mars 2008

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J'ai simplement trouvé ça génial, grandiose, mais le lieu s'y prête. Des cascades de paillettes, des fourrés de rondelles de papiers suspendues à des fils, des lignes tendues entrecroisées, de la fraîcheur, de la candeur. Pourtant dans des coins sombres, des petites toiles aux tons ocres sépia, figurant des jeunes sur une plage, mais tristes un peu. Le revers peut-être. Comme une forme d'ennui. 

 

 

89e48121a5a7b9bccc51f7324601d0be.jpg<-- Devant ça, suis restée un moment. A l'intérieur du corps qui semble chuter de haut, plonger peut-être ce sont des centaines de photos d'yeux, de bouches, de membres, découpées dans des magazines. C'est un collage en somme. Par-dessus est posée une plaque de verre sur laquelle on a peint les contours, les gros vaisseaux de cet écorché. Vif.

 

 

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On déambule, on surfe entre les spots.

On fait des oh! des ah! C'est POP !

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L'image du soir, c'est quand même ce gars dont le pull s'est trouvé si semblable au tapis-toile qui est derrière lui, qu'on peut le soupçonner de s'être collé dessus.

 

samedi, 27 octobre 2007

Surtout de profil

Je lisais à l'instant dans le Canard Enchainé un article où est relatée la visite de notre omniprésident à l'exposition de Gustave Courbet qui se tient au Grand Palais jusqu'à fin janvier 2008. On y rapporte qu'il a souhaité qu'aucune photo de lui contemplant "L'origine du Monde" ne soit prise. Surtout de profil?

426f5aadfa98dfd683dcb77ff7ccada3.jpgCette oeuvre, commandée par un libertin ottoman de la fin du 19ème siècle pour sa collection de peintures érotiques, s'observe donc à couvert. Il s'agit pourtant simplement des cuisses ouvertes d'une femme dont on peut imaginer qu'elle vient de faire l'amour, eu égard à certains détails qui ne trompent pas. Il s'agit aussi d'une association de liants, de pigments et de vernis... Même si la chair s'étale partout dans les rues, les magazines et les podiums de haute couture, elle n'a jamais autant ému, troublé, voire perturbé que dans cette figuration. Que porte-t-elle en elle qui touche autant à l'intime? Que craint-on qu'elle révèle de nous, de notre fantasmatique personnelle? Sommes-nous, devant elle, mis à nu au milieu du plus secret de nos jardins?

Ressentir une émotion face à cela, ce n'est pas parce que ce qui montré est particulièrement laid ou beau, bien peint, intéressant, ordonné, ou pas, mais plutôt parce que la sensation que l'on aura en la regardant signifiera quelque chose, sur-exposera des aspects, réveillera des pulsions, interrogera sur ce qui nous taraude, sur ce qui nous investit ou ce que nous investissons, peut-être.

Face à ces découvertes que l'on fait de soi-même, trop bouleversantes sans doute, on craindra que n'échappe pas au regard de l'autre cette rougeur qui monte aux joues, cette suée qui arrive au front. Cet autre qui ne manquera pas de remarquer une certaine confusion, surtout s'il l'expérimente là, lui aussi.  76d5f39418f9580cd9a95c2b802fa421.jpg

Il se trouve qu'existe le pendant masculin (si je puis dire) de cette oeuvre. Orlan s'y est collée avec "L'origine de la Guerre", beaucoup moins évocatrice, me semble-t-il, car beaucoup trop discursive... Encore un travers des féministes!

De l'émoi là? Queue nenni. C'est apparemment bien ce que nous sommes, notre regard porté sur l'oeuvre qui fait l'oeuvre et non l'inverse. 

0af98e75a0f32ba5309f0f5756554efc.jpgJe lui préfère, bien que le propos ne soit pas le même, cette "Fin du Monde" de Frédéric Duprat, bien plus drôle,  même si... 

dimanche, 07 octobre 2007

Mettre le nez dehors

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Anne et Marie-Laure au Garage Moderne le 11/10
et Gert Salmhofer,
lui je ne sais pas ce qu'il fait, rue du Chai des Farines à partir du 9/10
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mercredi, 03 octobre 2007

Brigitte m'a dit d'aller

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Voir cette expo-là.

Et comme elle se termine demain, cours-y vite, cours-y vite.

Elle m'a dit c'est extraordinaire...

 

4 rue Jouannet
33000 Bordeaux

L'adresse est fausse sur l'affiche ! Pas mal ça.

 

Pour en voir davantage: le site de Herman Braun-Vega.

mercredi, 15 août 2007

Des Mondes Perdus

L'été c'est la saison des amis qui passent, car Bordeaux est une halte sur les voies des transhumances. C'est donc l'occasion de retrouvailles brèves sous un soleil de plomb, de photos de lieux sur lesquels on ne s'arrête jamais, de visites que l'on aurait bien faites un autre jour, bref! l'été sur l'axe nord-sud est la saison de tous les dangers.
Nous voilà donc partis, mes amis et moi, curieux et contents le long des berges de la Garonne, au plus près de l'ombre des façades et donc au plus loin du bord et des poussettes, jusqu'au CAPC, sa nef obscure, ses coursives closes et ses oeuvres titubant entre les deux.
Donc.

Comme l'annonce le petit livret introductif (et indispensable) à la visite, les expositions de Diego Perrone, David Maljkovic et Des Mondes Perdus s'inscrivent dans la continuité de l'exposition Drapeaux Gris inaugurée en décembre 2006.
En décembre il s'agissait par ailleurs du lancement bordelais de la nouvelle direction, et en août voilà ce qui se voudrait, si j'ai bien compris, la queue d'une comète partielle ou totale... Bon. Madame Laubard, la nouvelle patronne, n'aime pas les cartels on l'avait noté, elle laisse au visiteur toute latitude émotionnelle, mais en revanche aucune chance de s'auto-évaluer dans le monde des idées. L'intention si généreuse, si humaniste soit-elle, semble là une redoutable descente vers la mise en échec.

Face à une oeuvre monumentale telle que celle de Diego Perrone, installée au coeur de la nef sur une sorte de tremplin et constituée de trois pièces distinctes dont une vidéo, on a affaire à une étrangeté. Je serai donc bien incapable de décrire ce que j'ai vu, autant parce que je n'ai rien ressenti que parce que le mécanisme de ma pensée est inadapté à ce type d'approche artistique. Disons que devant une oeuvre intentionnellement ininterprétable, cherchant à échapper aux déductions, références et logiques, j'avoue mon profond désarroi et incapacité. Alors vite je fouille ce livret censé répondre à ma question "quel est l'intrus?" au milieu de ces trois figures... Et rien. Même assise, je ne comprends rien au laïus de présentation qui parle "d'incongruité saisissante" (pfffff), de "dichotomie assumée" (encore heureux!), mais justifie le travail de Perrone par une "interrogation sur les champs de possibilités offerts par l'imagination à l'heure de la toute puissance des technologies digitales". Humm...

Autre salle: David Maljkovic. Des vidéos bien sûr dans l'obscurité, j'ai failli m'endormir, des phrases en anglais non sous-titrées dites par des personnages impassibles -what a sunny day today-, des jeunes filles accoudées à des portières de voiture dont les roues sont entravées, le regard lointain, comme ennuyées au dernier degré de l'ennui.
Comprendre l'anglais là, c'est plutôt mieux que pas du tout. Alors toi, spectateur arrivé là parce que tu as eu trop chaud dehors par ce sunny day, toi qui n'entres jamais au musée parce que... je ne sais pas moi... et bien toi, je sais que désormais et définitivement, tu ne franchiras plus le seuil d'un lieu d'art contemporain, parce que vraiment, on n'a rien fait pour tu te sentes proche par le langage ou non, de ces humains-là.
En plein mois d'août à Bordeaux sont exposées à l'ombre, 20 oeuvres pour Mondes Perdus, perdus dans le monde, le monde est perdu... rhhha, pour 5 €.

lundi, 02 juillet 2007

Réalités

da71bbecda258e82b8368d289424c133.jpegIl n'y avait personne à l'entrée du Grand Palais lorsque nous y sommes arrivés. La pluie tombait en poussière, le ciel s'écoutait, malmené par des vents tourbillonnants. La façade en ravalement du Musée, camouflée par des barricades, était devenue méconnaissable, mais une grande affiche colorée figurant une "Nana" de Niki de Saint Phalle et une bannière de Jacques Villéglé indiquaient une activité intérieure.
Nous avons gravi les marches du grand escalier, traversé le hall et suivi l'itinéraire en 8, ou en infini comme on veut, de l'exposition des Nouveaux Réalistes. Nous y étions pour Tinguely qu'il connaissait, dont il était fan depuis toujours. Un homme à moteurs, un artiste viril, une sorte d'ingénieux ingénieur de l'art. Les machines insensées, actionnables au pied, mais pas à tout bout de champ, attention! Le gardien assis près des oeuvres accordait ou non le droit de mettre en marche ces petits moteurs électriques, parce que ça s'use, qu'on ne les remplace pas, qu'il faut les ménager. Mais que sont les moteurs sans la mécanique? L'oeuvre de Tinguely complètement centrée sur le mouvement devient alors inerte et c'est tout son sens qui disparaît.
Tout commence avec ces affiches de Villéglé, extraites brutes des murs de la rue et lacérées pour révéler aléatoirement une histoire, peut-être, une idée du temps sans doute. L'idée, somme toute géniale de l'usage des choses ordinaires, en tant que témoignage d'une réalité sans artifices, perd de son sens avec les arrangements de Rotella qui transforme l'affiche avec une intention esthétique. Rotella compose et l'intérêt du happening s'essouffle.
464c49c929e95881a2eb5fc2771b05bd.jpegLa visite bizarrement articulée, laissant Yves Klein dans des couloirs et s'ouvrant largement sur des espaces documentaires, donne tout de même à se réjouir devant des installations et des archives télévisuelles des années 60 desquelles émane une légèreté, une joie de vivre qui laisserait à penser que nous avons régressé, que la vie était plus agréable avant. On y voit des salons parquetés dont les sols sont au mur, les lustres s'étirant à l'horizontale et où tout est chaviré. On y marche sur la tête, sans dessus-dessous, et c'est drôle d'être ainsi bouleversé.
Évidemment, on croise les compressions et expansions de César et Arman, à l'image de l'univers perpétuellement en équilibre entre ces deux oppositions.
La promenade entre ces oeuvres où la rouille n'est pas un signe d'usure, où les entassements de matériaux plastiques n'ont rien de dégoûtant, m'est apparue tout de même infiniment touchante dans le sens où elle atteignait quelque chose de définitivement passé.
C'est donc une espèce de nostalgie qui semble planer au-dessus de ces formes, couleurs, expériences. A moins que ce soit moi, à ce moment-là, parce que ceci, parce que cela, qui aie considéré la chose ainsi.
En retrouvant le crachin dehors, c'était comme si j'avais vu un film un peu triste, une love story autrefois exaltée, qui avait fini par s'éteindre.

Illustrations: Jean Tinguely (1), Sans Titre 1981 et Yves Klein (2)

samedi, 30 juin 2007

Fritures

S'il y a une nuisance qui dépasse (presque) toutes les autres, c'est l'odeur de l'huile de friture s'insinuant farouchement entre les nervures, briquettes, plâtres effrités, pierres dé-taillées des vieux immeubles. Cette expérience unique, mais largement inutile, je la vis à l'heure où j'écris et depuis déjà un long moment, comme chaque soir. Est-ce le conduit de cheminée, sont-ce les chevrons usés des parquets qui laissent passer cette odeur infâme en provenance de chez l'exotique asian food? La baguette "tradition" prend le goût saumâtre du poisson pourri liquide (appelé nioc mam) et ma bonne quiche lorraine vient de virer à l'aigre doux.
C'est pour fuir cette atmosphère envahie des relents de l'orient mystérieux que je décide de me replier vers l'arrière de l'appartement, blottie entre deux fenêtres ouvertes desquelles naît un humide courant d'air. Nous sommes en été, je suis couverte comme un oignon et si je pleure, c'est sans doute pour cela. En réalité je pleure de bien d'autres choses, mais par pudeur je t'épargnerai cher lecteur tout épanchement complaisant.
Il faut que je te raconte mes visites aux musées.
A pied depuis la Sorbonne, je me suis rendue au Jeu de Paume pour une "rétrospective" de l'oeuvre en "double Je" de Pierre et Gilles.
D'abord, les commentaires des gardiens s'interpellant d'une salle à l'autre introduisent un certain ton: "t'as vu les deux folles là? Non mais c'est pas croyable...". Donc s'il y avait un intitulé à déterminer pour cette exposition ce serait, peut-être, sous le jeu en double, quelque chose comme "expression de genre" ou, appelons un chat un chat, "art homo". Mais mâle surtout.
Le travail de Pierre et Gilles, un couple de 30 ans d'existence (c'est beau) est basé sur la technique de photographie peinte, car l'un est photographe et l'autre est peintre. L'essentiel de ce qui est présenté est une série de portraits et quelques divagations psychédéliques subitement, et subitement pudiquement, illisibles pour qui n'a pas vécu la scène.
On reconnaît dans les oeuvres de vieilles actrices, de vieilles chanteuses, auréolées de plumes, de papillons, de paillettes, de tas de petits objets hétéroclytes qui s'accordent très bien avec l'encadrement prototypisé pour chacune. Pour faire bref, c'est kitsch.
Se trouvent là Mireille Mathieu, Sylvie Vartan, Nina Hagen, Lio et même la Deneuve. Vêtues de skaï noir ou rouge vernis (naaaan, pas Mireille!), elles ont toutes un air de maman et de putain en même temps, sans jamais inspirer cependant la moindre sensualité ou sex appeal, comme si ces petits gars-là avaient poursuivi une démarche esthétique morale. On ne touche pas à la figure féminine ou, plus précisément, à la matrice.
Néanmoins, elle pleure beaucoup. Enfin, pour rester juste, les visages en général, depuis l'éphèbe typé au blondinet poupin, brillent d'une coulée de vaseline comme une sagrada lagrima qui remplacerait, le long de la joue, la célèbre étincelle du sourire Gibbs. Les marchands du temple sont entrés dans l'arène.
Quant aux jeunes éphèbes donc, ils sont nus, plastiquement parfaits, épousés par un environnement détaillé, en rapport toujours avec une sorte de thème qui, au fur et à mesure, tendrait à laisser supposer que, l'âge venant, les deux Pierre et Gilles se seraient éveillés à une espèce de conscience politique (ex: deux garçons enlacés, l'un portant une kippa et l'autre un keffieh au beau milieu d'une oasis luxuriante).
Evidemment, la déambulation traverse des forêts de bites, ce qui d'un point de vue purement anthropomorphique laisse rêveur sur la variété que la Nature propose. D'un point de vue artistique, on peut goûter la qualité du grain, faire en silence un Trivial Pursuit à la recherche des références à l'art classique et s'amuser des coquetteries des décors.
D'un point de vue intellectuel en revanche, on peut s'interroger sur la nécessité d'exposer la contemplation autosatisfaite de son double et sur le crédit à accorder à un art de "genre" qui, déjà, avec l'évolution des moeurs et l'ouverture des esprits, n'a même plus à revendiquer d'être et encore moins à se justifier. L'exposition satisfera un grand nombre d'amateurs de plastique(s), fera glousser ou s'étrangler ou ne produira rien de particulier.
En gros, tout ça se consomme sur place et on peut jeter les papiers gras à la sortie sans rien ramener chez soi.

Aujourd'hui je suis allée voir l'expo des Nouveaux Réalistes au Grand Palais mais, comme la brandade de morue, il faut le temps de la digestion, j'y reviendrai plus tard.

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